Passionné et touche-à-tout, Beb Echène a grandi dans les stations du Mercantour avant de partir à la découverte des Andes chiliennnes où il est devenu le pionnier de l’héliski-héliboarding.
Des Andes centrales à celles de Patagonie, les volcans enneigés n’ont plus de secret pour ce moniteur d’Isola 2000, tombé sous le charme du pays.
“Beb, c’est un surnom que mon père m’a donné tout petit. C’est sous ce pseudo qu’on me connaît. Mon père était un grand passionné de nature, de montagne et de ski et son influence a été indéniable. J’ai pratiqué la randonnée, l’escalade et le ski dès le plus jeune âge. Habitant Nice, je skiais tous les week-ends et les vacances scolaires, j’ai pris des cours à l’ESF puis fait partie des ski-clubs de La Colmiane et Isola 2000. J’ai également fait du ski artistique, bosses et sauts… Puis j’ai passé mes diplômes de ski, moniteur et entraîneur, entre 1980 et 1986, et après avoir enseigné à Avoriaz, Tignes et Val d’Isère, j’ai intégré l’ESF d’Isola. J’étais aussi féru de sports nautiques, surf, windsurf, voile… et parallèlement j’ai obtenu mon BE voile. Quand le snowboard est apparu, j’ai tout de suite été attiré ! J’ai fait partie des précurseurs de la discipline dans les Alpes du Sud. On était une bande de passionnés, c’était l’époque où l’on commençait à parler du freeride, de l’évasion en hors-piste. Très vite, les premiers circuits de compétition en snowboard ont été créés et on s’est lancés. On était plusieurs Français à faire le circuit Coupe du monde en half-pipe et slalom géant. Personnellement, j’étais plutôt branché freeride.
J’ai pas mal baroudé, rencontré des gens… C’est ainsi qu’un jour, j’ai été sollicité avec deux copains pour introduire et faire découvrir le snowboard en Amérique du Sud, au Chili. C’était en 1989. J’ai immédiatement été séduit par ce pays, par les gens. La cordillère des Andes, avec ses couleurs et ses étendues, est magique. En plus, c’étaient les belles années, tout était à faire là-bas ! On était plutôt bien médiatisés, les émissions télé, les parutions dans la presse étaient fréquentes. Au début, pour se faire connaître, on faisait des démonstrations et des big air dans les stations, et aussi les ouvertures du circuit pro (slaloms parallèles avec deux tremplins) en Argentine et au Chili. On ouvrait ces parallèles pour montrer que l’on pouvait aussi slalomer avec un snow ! Et bien sûr, on enseignait. En 1991, j’ai créé la première école de snowboard au Chili, à Valle Nevado. On a lancé le premier circuit professionnel de snowboard en Amérique du Sud et plus tard, à la fin des années 90, on a mis sur pied les premières courses FIS internationales au Chili (Continental cup et Coupe du monde). Côté rides, j’ai fait plusieurs premières dont celle du Plomo qui culmine à 5 420 mètres au-dessus de Santiago, les couloirs et “first” descentes de l’Altar, de la Paloma, des vallées Olivares et Parraguirre ou encore du majestueux glacier du Rabicano : j’ai rapidement vu que le terrain était exceptionnel.
Au Chili, le ski est un sport réservé à une élite. A Valle Nevado, on accueillait des gens plutôt fortunés, qui venaient notamment du Brésil. Un hélicoptère allait les chercher à l’aéroport pour les ramener à la station. Je voyais cette montagne autour de nous, tellement attirante… et cet hélicoptère qui ne servait qu’aux transferts entre la station et l’aéroport ! Je me suis dit : “Pourquoi ne pas tenter l’aventure de l’héliski et de l’héliboarding ?” J’ai déposé un projet pour développer cette activité auprès de la direction et du responsable de la station, qui a été accepté. Pendant deux ans, j’ai eu l’hélico à disposition, je partais régulièrement faire des reconnaissances dans la cordillère à la découverte des pentes.
Petit à petit, j’ai commencé à répertorier les runs ouverts sur des cartes dans l’idée d’y emmener des gens. N’étant pas guide de haute montagne, j’ai fait le nécessaire pour obtenir une équivalence de guide chilien. J’ai alors commencé à commercialiser cette activité avec très peu de moyens. Les choses se sont faites progressivement, d’abord avec la clientèle locale qui a été séduite et quelques clients personnels. Ça a vraiment explosé au bout de trois-quatre ans, en 1995, quand les pro-riders sont arrivés au Chili. Des teams comme Burton, Salomon, Rossignol, ou encore le célèbre réalisateur Warren Miller, ont débarqué avec des stars de la glisse et des budgets assez importants pour faire des images et tourner des films. C’est à partir de là que j’ai vraiment pu explorer la cordillère avec plus de moyens. J’ai eu plus de clientèle, de meilleurs hélicoptères, une meilleure connaissance du terrain, et j’ai commencé à former une équipe de guides à Valle Nevado. J’ai eu envie de voler de mes propres ailes et de créer la première société d’héliski-héliboarding au Chili. J’ai monté ma première base en 2001 dans la station voisine de La Parva, comme je le souhaitais, en constituant mon équipe. Certains de mes collègues de Valle Nevado m’ont suivi, et l’activité a vraiment décollé. Au Chili, il y a beaucoup de forêts et de travaux miniers qui nécessitent l’emploi de nombreux hélicoptères en été. L’hiver, ils sont généralement peu utilisés. L’héliski a finalement permis de donner du travail à plusieurs pilotes en saison hivernale.
Aujourd’hui, j’engage deux Ecureuils B3 de la compagnie Eurocopter entre le 15 juillet et le 15 septembre. Je suis installé à Santiago, on a un héliport et en moins de dix minutes de vol, on est dans la cordillère ! Ce concept est très apprécié de la clientèle, russe notamment, qui aime aussi profiter des palaces de la capitale chilienne, des restaurants, des spectacles. Pour ceux qui préfèrent la nature, nous avons deux autres formules : un lodge en précordillère avec ses thermes naturels d’argile, son spa, son confort et sa bonne table, et un autre lodge plus rustique, style chalet de montagne, à Farellones, petite station proche de Santiago.
La qualité de neige est exceptionnelle, très poudreuse et de bonne cohésion car on évolue à haute altitude. Les runs sont variés, ils permettent autant aux skieurs et snowboarders de niveau intermédiaire de descendre de larges faces bien exposées, qu’aux plus expérimentés de s’essayer dans des pentes plus soutenues ou de magnifiques couloirs.
Depuis l’an dernier, on propose aussi des runs sur les volcans de Patagonie depuis le magnifique bateau Atmosphère appartenant à Andres Ergas. Equipé de deux plates-formes d’hélicoptère et basé dans le sud du Chili, il navigue dans les canaux de Patagonie et propose de la pêche à la mouche dans des lieux très retirés, inaccessibles autrement que par la mer ou les airs. Il m’a contacté il y a deux ans en me demandant si l’on pouvait envisager de greffer une activité héliski depuis son bateau. Pourquoi pas ? Toute la cordillère de Patagonie avec ses volcans qui se jettent à la mer, c’est unique au monde ! L’activité se déroule au printemps austral, de mi-octobre à fin novembre. C’est différent, on skie sur une neige de printemps, rendue plus humide par l’influence du Pacifique. Là aussi, la beauté des sites, la richesse de la nature et de la faune sont inouïes. On voit des orques, des baleines, des dauphins, des lions de mer, des glaciers partout qui se jettent à la mer, l’eau transparente… Vous naviguez la nuit pour vous réveiller le matin dans des baies somptueuses. Je n’avais jamais vu d’endroits aussi beaux.”
Propos recueillis par Claudine Emonet-Profit
Photos Andes Heliboarding
Contact : info@andesheliboarding.com